Flavius Josèphe, né à Jérusalem en 37 ou 38 de notre ère1 sous le nom de Yossef ben Matityahou HaCohen (Joseph fils de Matthatias le Prêtre) est un Judéen qui est devenu citoyen romain sous le nom de Titus Flavius Josephus en 71. Il est surtout connu pour être la meilleure source dont on dispose sur le monde juif du Ier siècle, notamment via ses Antiquités judaïques, éditées vers 93 ou 94 — c'est-à-dire une soixantaine d'année après la date présumée de la crucifixion. Flavius Josèphe est un lettré, issu d’une famille noble chargée de fonctions sacerdotales et il a passé les 30 premières années de sa vie en Judée avant de s’installer à Rome. De façon très importante, son œuvre est rédigée à Rome, alors qu’il bénéficie d’une pension permanente versée par l’empire. C’est-à-dire que, si les textes qui nous sont parvenus sont authentiques, les seuls biais dont on peut légitimement le soupçonner son pro-romain.
Le père de Flavius Josèphe, Matthias (ou Matthatias), serait né lors de la 10e (et dernière) année du règne d’Hérode Archélaos2, soit en 6 de notre ère. C’est donc un contemporain de Jésus de Nazareth — il n’aurait qu’une grosse dizaine d’années de moins que lui — et tout porte à croire qu’il a passé l’essentiel de sa vie à Jérusalem : au moment de la crucifixion, il aurait eu entre 24 et 27 ans, âge nettement suffisant pour comprendre ce qu’il se passe, notamment lorsqu’on est issu d’une famille noble et chargée de fonctions sacerdotales. On ne connait pas la date du décès de Matthias mais il est tout à fait clair qu’il a vécu assez longtemps pour transmettre, notamment pas écrit, beaucoup d’information à un fils déjà capable de comprendre la teneur et l’importance du propos.
Extraits
Dans Antiquités judaïques (Livre XVIII, V, 2), il évoque le personnage de Jean le Baptiste :
Or, il y avait des Juifs pour penser que, si l’armée d’Hérode3 avait péri, c’était par la volonté divine et en juste vengeance de Jean surnommé Baptiste. En effet, Hérode l’avait fait tuer, quoique ce fût un homme de bien4 et qu’il excitât les Juifs à pratiquer la vertu, à être justes les uns envers les autres et pieux envers Dieu pour recevoir le baptisme5 ; car c’est à cette condition que Dieu considérerait le baptême comme agréable, s’il servait non pour se faire pardonner certaines fautes, niais pour purifier le corps, après qu’on eût préalablement purifié l’âme par la justice. Des gens s’étaient rassemblés autour de lui, car ils étaient très exaltés en l’entendant parler. Hérode craignait qu’une telle faculté de persuader ne suscitât une révolte, la foule semblant prête à suivre en tout les conseils de cet homme. Il aima donc mieux s’emparer de lui avant que quelque trouble se fût produit à son sujet, que d’avoir à se repentir plus tard, si un mouvement avait lieu, de s’être exposé à des périls. À cause de ces soupçons d’Hérode, Jean fut envoyé à Machaero6, la forteresse dont nous avons parlé plus haut, et y fut tué. Les Juifs crurent que c’était pour le venger qu’une catastrophe s’était abattue sur l’armée, Dieu voulant ainsi punir Hérode.
Dans Antiquités judaïques (Livre XVIII, III, 3, passage connu sous le nom de Testimonium flavianum), il évoque brièvement Jésus de Nazareth :
Vers le même temps vint Jésus, homme sage, si toutefois il faut l’appeler un homme. Car il était un faiseur de miracles et le maître des hommes qui reçoivent avec joie la vérité. Et il attira à lui beaucoup de Juifs et beaucoup de Grecs. C’était le Christ. Et lorsque sur la dénonciation de nos premiers citoyens, Pilate7 l’eut condamné à la crucifixion, ceux qui l’avaient d’abord chéri ne cessèrent pas de le faire, car il leur apparut trois jours après ressuscité, alors que les prophètes divins avaient annoncé cela et mille autres merveilles à son sujet. Et le groupe appelé d’après lui celui des Chrétiens n’a pas encore disparu.
Dans Antiquités judaïques (Livre XX, IX, 1), enfin, il évoque l'exécution de Jacques le Juste (en 61 ou 62) :
… Comme Anan8 était tel et qu’il croyait avoir une occasion favorable parce que Festus9 était mort et Albinus10 encore en route, il réunit un sanhédrin, traduisit devant lui Jacques, frère de Jésus appelé le Christ, et certains autres, en les accusant d’avoir transgressé la loi, et il les fit lapider.
Notes :
- Dans sa propre autobiographie, il situe sa naissance
en la première année du règne de l’empereur Caïus César
; c’est-à-dire Caius Julius Caesar Augustus Germanicus (Caligula), qui a régné du 18 mars 37 au 24 janvier 41. - C’est ce que Flavius Josèphe écrit dans son autobiographie. Hérode Archélaos, fils aîné d’Hérode le Grand, est lui-même né en 23 av. J.-C., il a été nommé ethnarque de Judée par Auguste en 4 av. J.-C. puis, suite à un règne manifestement très impopulaire, déposé par le même empereur en 6 ap. J.-C. — qui l’envoie en exil à Vienne, en Gaule, fait qui semble confirmé par Strabon (Géographie XVI, 2, 46).
- Hérode Antipas, tétrarque de Galilée et de Pérée et fils d’Hérode Ier le Grand. La défaite dont il est question et celle de l'armée qu'il a opposé à Arétas IV, roi des Nabatéens.
- Selon son autobiographie, Flavius aurait passé trois années, entre sa 16e et sa 19 année, auprès d’un personnage similaire (Bane ou Bannos).
- Le mikveh est un rite de purification juif qui consiste à immerger entièrement le corps (
baptême
vient du grec est signifie la même chose). - La forteresse de Machéronte (sur la côte est de la mer Morte, en actuelle Jordanie).
- Ponce Pilate (Pontius Pilatus), préfet de Judée de 26 à 36, sous le règne de Tibère. Tacite (58-120) confirme son existence dans ses Annales (Livre XV, 44) et on a retrouvé une inscription à Césarée qui évoque un certain
…tius Pilatus
, qui exerçait la fonction de…fectus Iudææ
et aurait fait construire un sanctuaire dédié à Tibère. - Hanan ben Hanan, un sadducéen, grand prêtre du Temple de Jérusalem comme nombre des membres de sa famille bien qu'il ne semble avoir été en poste qu'en 62. C'est le fils du grand prêtre Anân ben Seth et beau-frère de Joseph Caïphe.
- Porcius Festus, procurateur romain de Judée Porcius Festus entre 60 et 62 (date de sa mort).
- Lucceius Albinus, procurateur romain de Judée de 62 à 64. C'est lui qui obtiendra d'Agrippa II (petit-fils d'Hérode le Grand) le renvoi d'Anan (Hanan ben Hanan) au motif que l'excution de Jacques le Juste était illégale.
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